On n’avait plus eu de nouvelle de Gilles Corbion depuis son éviction soudaine de son poste de DTN Adjoint de la Fédération Française de Tennis de Table. C’était il y a déjà 13 mois. Le temps a passé et nous avons souhaité prendre des nouvelles du cadre technique qui a depuis rebondit à la Fédération de Volley-Ball. Un entretien exclusif d’un passionné du tennis de table qui a connu toutes les composantes du sport depuis sa première licence à l’âge de 5 ans et demi.
Gilles Corbion : J’amène mon expertise et mes compétences transversales au Volley-Ball
J’ai intégré le 1er juillet 2015 la fédération de Volley-Ball au poste de DTN Adjoint en charge de la formation. J’ai pour mission de créer un institut de formation, travailler à l’utilisation d’une plateforme e-learning mais aussi d’apporter mes idées pour professionnaliser le sport, mener des enquêtes pour répondre aux besoins de la discipline (exemple : une enquête sur l’emploi). J’ai également pour mission de lancer l’écriture d’un ouvrage généraliste sur le Volley porté par les bons résultats de l’équipe nationale. J’amène aussi mon expertise et mes compétences transversales dans un travail d’équipe. C’est encore plus valable pour le Volley par rapport au PING. Mais si je devais résumer mon poste actuel, je dirai qu’il est équivalent à celui que j’avais à la fédération française de tennis de table à la différence près que je ne peux apporter mon expérience au niveau technique. Je compense évidemment avec tout le reste.

Écarté de son poste de DTN Adjoint à la Formation fin décembre 2014, Gilles Corbion n’en garde pour autant aucune amertume ni esprit revanchard. Il préfère à l’inverse mettre en avant les valeurs qui ont conduit tous ses engagements dans le milieu pongiste depuis plus de trente ans :
Avec le temps et mon expérience, j’ai appris à relativiser. J’officie dans le milieu du PING depuis plus de 30 ans après avoir découvert un peu près à tous les postes. Je dirai que ma carrière se définie en 3 temps. J’ai passé 10 ans en collectivité locale où j’ai été entraîneur du club de l’USO Mondeville. Je suis d’ailleurs toujours licencié au club de l’Etoile Alençon, club de mes débuts de joueur. J’ai officié aussi en tant qu’éducateur territorial. J’ai ensuite passé 10 ans en tant que CTR Basse-Normandie et Directeur Technique de Zone avant d’enchaîner avec 3 olympiades au poste de DTN Adjoint à la formation. Je rajouterai que j’ai été dirigeant, Président du Comité de Calvados, élu à la ligue et à tout autre niveau arbitre et juge arbitre.
Gilles Corbion : “J’ai senti un réel décalage”
J’aime goûter à tout, comprendre les composantes qui font mon sport mais toujours dans un souci du travail collectif. J’ai un mode fonctionnement associé à des valeurs qui je pense sont liées à l’éducation que j’ai reçu. Valeur du travail, de l’honnêteté, de l’humilité mais aussi celle de la confiance accordée à l’autre. C’est ce que j’appelle la justesse des relations interpersonnelles. Quand tu es habité par ces valeurs et qu’elles sont renvoyées dans ton milieu professionnel, alors ça fonctionne. Dans le cas de ma dernière action au sein de la fédération, j’ai senti un réel décalage par rapport à cela et mon engagement n’était plus en phase avec ce qui avait été proposé. Je pense qu’il faut toujours continuer à défendre ses valeurs même si le fossé se creuse.

Malgré le choc évident de son éviction soudaine du poste de DTN adjoint, Gilles Corbion n’était jamais revenu publiquement sur les raisons et les conséquences qui ont suivi :
Pascal Berrest avait souhaité que je quitte mes fonctions pour de multiples raisons mais je pense que la principale était que je ne correspondais plus à ce qu’il attendait de moi. Ce n’était pas basé sur une logique de compétence mais j’avais comme le sentiment de ne plus être à me place. J’ai pris position dans des dossiers agissant toujours dans le cadre du collectif. A partir de là, j’ai compris que je n’allais pas terminer l’Olympiade. C’était au mois de décembre 2014 à l’approche des fêtes de Noël. Je ne veux pas polémiquer, je n’ai pas d’esprit revanchard et préfère conserver le positif. Pascal Berrest a souhaité que je reste dans le giron fédéral et m’a confié une mission sur la réforme territoriale ainsi qu’une expertise à mener auprès du DEJPS de Nantes. J’ai été très surpris de la demande contenu de son importance même si au final, je n’étais en aucun cas décisionnaire. La demande perdait alors en crédibilité. J’ai d’ailleurs remarqué que je n’avais pas été le seul à connaître une telle situation.
Gilles Corbion : “Je reste pleinement concerné par le tennis de table”
Au delà de son ex-poste de DTN Adjoint à la formation, Gilles Corbion n’en reste pas pour autant un fidèle passionné du tennis de table :
J’aime toujours autant le tennis de table même si j’officie aujourd’hui dans la fédération de Volley-Ball. D’ailleurs je suis toujours licencié dans le club de mes débuts et j’entretiens un contact très régulier avec l’entraineur du club. J’étais présent au 1er tour du critérium fédéral, aux championnats du monde Juniors en décembre dernier, je consulte aussi beaucoup sur internet tout en continuant à échanger avec mes relations et amis pongistes. Je reste pleinement concerné personnellement même si je ne le suis plus d’un point de vue professionnel. Un exemple concret, aujourd’hui au lieu d’aller à la pêche, je préfère aller voir un match de PING près de chez moi.

Pongiste dans l’âme, il porte également un jugement intéressant sur la formation à la française :
J’ai vu le travail réalisé avec les jeunes joueurs et le staff de l’époque. En 2001, il y avait de
nombreux points noirs comme une détection inexistante, une insuffisance des entraîneurs experts formés. Tout le travail mené depuis 2001 a été de gommer et améliorer la formation au sens large. Je soulignerai qu’il s’agissait d’un travail collectif où les conditions créées étaient saines, où chacun avait confiance dans le travail de l’autre. C’était un équilibre durable. Cadre d’état, technique privé, tout le monde travaillait dans un esprit collectif porté vers le haut niveau.
Gilles Corbion : “Je crois énormément à la transversalité et au vivre ensemble”
Gilles Corbion fidèle à ses valeurs de partage n’hésite pas pour autant à pointer du doigt les lacunes du parcours de haut niveau tout en donnant des pistes pour essayer d’améliorer la situation :
Concernant l’évolution du haut niveau et des résultats de l’équipe de France, je pense qu’il faut toujours conserver un esprit et un discours positif. Mais également au niveau des pongistes, comités et ligues. J’espère être lucide sur les attentes souhaitées. Toutefois, je regarde le présent et il y a des raisons d’être inquiet par rapport aux licenciés, à l’international aussi. Mais il ne faut pas tomber dans le piège du misérabilisme. C’est n’est selon moi pas une raison suffisante. On se doit de rester dynamique et conquérant. Il faut insuffler un nouvel esprit, de la rigueur et la notion de travail. Il faut mélanger la gestion d’entreprise aux valeurs associatives qui sont absolument nécessaires. Pour aller vers ce type de gestion, il faut une vision, un projet et ensuite une méthode. Il faut aujourd’hui faire une analyse, moderniser les outils, gérer beaucoup mieux l’aspect humain tout en ayant une nouvelle approche du haut niveau. Le lien entre les clubs et la fédération doit être renforcé. Faut savoir écouter et proposer. Je crois énormément à la transversalité et au vivre ensemble. Je resterai toujours positif. J’ai croisé des gens extraordinaires, sportifs y compris. Il faut associer tout le monde au projet. Une sorte de melting pot de compétences.

L’actualité pongiste a vu le président en lice Christian Palierne officialiser sa candidature à la prochaine élection prévue dans 1 an. Sincère et lucide à la fois, Gilles Corbion dresse pourtant un regard inquiet sur la situation :
Ce qui peut me déranger dans le système d’élection d’un président de Fédération, c’est qu’il faut pratiquement un an pour appliquer le projet et on va perdre encore une année à la fin du mandat pour cause de campagne. Je pense qu’il faudrait d’abord avoir en amont un projet validé et ensuite l’appliquer dès prise de fonction du président. En réalité, je pense que c’est un peu le système français qui fonctionne ainsi. Mais dans le cas du tennis de table, il n’y a que 2 ans pour réellement travailler. Dans mon cas, en 2001, j’ai fait fi de ce genre de choses car il faut le dire qu’en tant que DTN adjoint, j’avais plus de liberté. Le fait d’arriver dans une équipe dynamique et dans un climat de travail avait aussi faciliter la mise en œuvre immédiate du projet Formation.
Gilles Corbion : “On ne ressemble pas tous à Gatien, on se doit d’individualiser le parcours”
Dans cette même interview du Républicain Lorrain et relayée sur Actuping, Christian Palierne évoque comme “une catastrophe” la difficile transition des résultats jeunes vers les adultes. Une analyse froide et alarmiste du président mais pas tout en fait en phase avec Gilles Corbion qui préfère quant à lui retenir le positif tout en essayant de trouver l’origine du problème :
C’est toujours bon de regarder l’histoire sur une décennie. Quand j’arrive en 2001 et je prends la formation en main, je mets à peu près l’équivalent d’une Olympiade pour bien comprendre et identifier les besoins en matière de cadre technique. Arrivé en 2004, ce n’est qu’ensuite que je passe à la phase création et pour terminer l’heure de quantifier les résultats. Expliqué de cette manière, cela peut paraître anormalement long mais mon action s’est construite ainsi avec les résultats qui traduisent aujourd’hui. Il faut laisser du temps aux gens pour travailler du moment qu’il y a un projet collectif proposé sur le long terme et c’est là le souci actuel. Je crois foncièrement qu’il y a du bien chez tout le monde mais je suis toujours inquiet quand il y a une vision unique. Nous avons tout de même des résultats probants chez les jeunes au niveau européen où nous sommes clairement la meilleure nation. Les résultats commencent à venir chez les adultes où on a tout de même décroché la bronze en septembre dernier. Je pense qu’il y a actuellement un déficit au niveau du parcours de formation où le sportif arrivé au niveau adulte devrait plutôt connaître une expertise et des conseils individualisés plutôt que collectifs. Le PING en va ainsi. Tous les joueurs sont différents et ont leurs propres spécificités. On ne ressemble pas tous à Gatien, on se doit d’individualiser le parcours.

Le parcours professionnel de Gilles Corbion l’a amené aujourd’hui à travailler auprès de la fédération de Volley-Ball. Malgré tout, le tennis de table ne reste jamais trop loin. L’occasion de partager son analyse entre les similitudes et les méthodes de travail entre les instances :
Gilles Corbion : “Si l’opportunité de revenir dans le milieu du PING se présente à moi, je reviendrais”
J’ai remarqué certaines différences dans la structuration des deux fédérations notamment dans la gestion des femmes et des hommes, dans la mise en œuvre des projets et dans le dispositif mis en place autour de l’Equipe de France. Ces différences sont certainement le fruit d’une réflexion qui permet de faire avancer la discipline. Pour moi, elles sont aussi le fruit d’une réflexion qui me permet de proposer des pistes de travail.

Un célèbre adage évoque que l’on revient toujours à ses premiers amours. Gilles Corbion ne déroge pas à la règle :
Je suis un vrai passionné du sport en général, j’aime aussi le volley et je me sens très bien aux côtés de mes nouveaux collègues. Toutefois, le PING restera à jamais mon sport de coeur. Je reste positif dans tous les cas. J’ai fait ce choix de détour de carrière mais si l’opportunité de revenir dans le milieu du PING se présente à moi, je reviendrai avec le plus grand plaisir. Ca sera toutefois sous certaines conditions. La principale serait de revenir aux vraies valeurs que je partage au quotidien.











