Du haut de ses 24 ans, Thomas Bouvais collectionne les titres. Vice champion du monde de tennis de table, quintuple champion de France Handisport, catégorie débout Classe 6, le pongiste vient même d’être élu en janvier dernier “Athlète du Val d’Oise 95”. Il s’est confié dans une interview poignante au site www.journaldefrancois.fr. L’occasion d’en savoir plus sur le champion handisport, sur son parcours hors norme, sa vie au quotidien et ses objectifs qui pourraient bien le conduire sur le podium des Jeux Paralympiques de RIO dans six mois.
Thomas Bouvais : “Je préfère faire des entrainements de qualité tous les jours mais d’une intensité raisonnable”
Le pongiste Eaubonnais qui va participer au mois septembre à ses deuxièmes jeux est actuellement en pleine préparation dans son club du CSM Eaubonne Tennis de Table : “J’ai eu pas mal de blessures comme l’opération d’un ménisque et j’ai toujours un mal chronique à l’épaule et au dos en raison de mon handicap. C’est pourquoi je préfère faire des entrainements de qualité tous les jours mais d’une intensité raisonnable. C’est tout de même au minimum deux séances de deux heures qui sont à mon programme quotidien. Il me reste toujours beaucoup de travail avec de nombreuses choses perfectibles surtout sur le jeu fin. J’ai encore du mal sur les balles courtes et je dois améliorer la coordination entre le haut et le bas du corps.” détaille-t-il au site www.journaldefrancois.fr.

Thomas Bouvais s’est essayé au football avant de découvrir le tennis de table à l’âge de 10 ans. Atteint d’un handicap lourd, il explique sans retenue auprès du Journal de François. “Je suis atteint de nanisme, plus précisément d’achondroplasie : j’ai une hyperlordose et une fragilité au niveau des articulations, des douleurs à l’épaule, aux genoux. Je ne peux pas rester longtemps debout sans avoir mal au dos, mal aux hanches ayant une jambe plus haute que l’autre… Je dirais même que j’ai plus de douleur en marchant qu’en courant !”.
Le sportif renchérit : “Chaque compétiteur a son handicap et il faut évidemment en tenir compte. C’est le rôle des classificateurs qui doivent nous intégrer dans une des dix classes répertoriées. Par exemple, les classes 1 à 5 sont réservées pour les personnes en fauteuil (la classe 1 aux tétraplégiques jusqu’à la 5 aux personnes atteintes de para polio ou divers handicaps ne permettant pas la position debout). Ensuite ce sont les classes de 6 à 10 aux personnes debout mais ayant divers handicaps (la classe 6 pour ceux qui ont un handicap important des membres inférieurs jusqu’à la 10 pour les personnes qui ont un handicap du bras qui ne tient pas la raquette). Pour ma part, j’ai disputé les Jeux de Londres en classe 9, mais, depuis mes soucis et mon opération au genou, j’ai intégré la classe 8.”
Le pongiste qui profite du statut de sportif de haut niveau n’en oublie pas pour autant ses racines et les valeurs du terroir. Pas bling bling pour un sous, il préfère à l’inverse donner de son temps pour promouvoir sa discipline et aider son club : “J’ai bien conscience de la chance que j’ai et je fais le maximum pour atteindre l’objectif. Le mercredi, je donne aussi un coup de main à mon entraîneur pour encadrer les jeunes. Cela me permet d’être de l’autre côté de la barrière : j’étais plus habitué à recevoir des conseils plutôt qu’en donner ! Il faut savoir que je joue qu’avec des valides, que ce soit à l’entraînement ou en compétition avec mon club d’Eaubonne. Il n’y a que lors des rassemblements de l’équipe de France handisport que je m’entraîne avec d’autres personnes handicapées.
Et là, avec les entraîneurs, on travaille aussi les tactiques par rapport aux adversaires et leurs handicaps respectifs. J’ai toujours joué pour un club du département et j’ai un lien très fort avec lui. Ce ne sont pas que des mots ! Je me qualifie aux Jeux grâce à l’aide du Val d’Oise et j’ai l’impression de le représenter. Ah, si je pouvais ajouter le logo du Val d’Oise sur le maillot de l’équipe de France !! Je souhaite vraiment rendre du mieux possible toute l’aide que m’apporte le département. D’autre part, je participe chaque année aux “Journées Handi découvertes”, manifestation proposée dans le Val d’Oise pour sensibiliser les jeunes au handicap. Une belle initiative qui permet d’éveiller certaines consciences.”

Son dévouement total pour sa discipline ne cache pas pour autant son quotidien difficile notamment celui lié à l’exercice de sa discipline. Comme de nombreux sportifs, Thomas Bouvais souffre du peu de médiatisation du tennis de table. Les conséquences se traduisent par un manque criant de soutien financiers qui lui empêchent de pratiquer sa discipline dans de meilleures conditions. Toutefois, l’athlète est suivi et aidé par les collectivités raconte-t-il au site www.journaldefrancois.fr : “Heureusement que je peux compter sur l’aide du Conseil Général du Val d’Oise, de la ligue Ile-de-France, de la ville d’Eaubonne et plus récemment… de la Française des Jeux. En effet, chaque année, la FDJ parraine des grands sportifs comme Martin Fourcade, Tony Estanguet ou Laura Flessel. Et, sur proposition de la fédération, ils m’ont choisi pour représenter l’handisport car ils ont adhéré à mon projet. Cela me permet aussi de côtoyer de grands sportifs lors de colloques ou autres manifestations. Tous les frais occasionnés lors de participations à des tournois Open dans le monde ne sont pas pris en compte, ainsi que les soins médicaux.
Seuls les championnats d’Europe et du Monde sont pris en charge par la fédération. De nouveaux sponsors, même modestes, seraient les bienvenus pour améliorer la vie quotidienne. Rassurez-vous, je n’ai pas d’envie de Ferrari ou d’autre chose bling bling ! A chaque sponsor, je livre mes dépenses de manière transparente et honnête. Et évidemment mon premier sponsor c’est ma famille qui me soutient depuis le début ! Je suis vraiment super chanceux de ce côté-là. Je suis bien conscient de leur aide pour tout, pour l’achat des maillots, des raquettes, pour les nuits d’hôtel à réserver lors des tournois sans parler du temps qu’ils ont consacré pendant de longues années pour m’accompagner.“
Thomas Bouvais est certes atteint de nanisme ce qui ne l’empêche pas de considérer son handicap comme une faiblesse mais plutôt comme une force. Il cultive cette force aussi bien sans son quotidien sportif que dans la vie de tous les jours. “Il y a deux réactions possibles quand je joue contre des valides. Certains savent mes difficultés sur certaines balles courtes par exemple et jouent donc sur mon handicap. Je dirais qu’ils ont raison et c’est à moi de m’adapter et de déjouer leurs plans. J’essaie de prendre le jeu à mon compte pour amener les échanges en revers… J’essaie d’être plus intelligent que l’autre et d’avoir la balle où je veux. De plus, cela m’entraîne bien pour mes compétitions handisports où tous les adversaires jouent sur les points faibles de l’autre.
D’autres jouent plus sur mon revers, mon point fort… J’en profite ! Dans la vie quotidienne, j’ai toujours réussi à m’adapter. Par exemple, je ne souhaitais pas organiser mon appartement pour une personne de petite taille. Je peux toujours monter sur une chaise quand il le faut ! Dans la rue, il y a tous les jours des moqueries et des regards d’enfants qui m’observent et qui réagissent face à la différence. Je ne leur en veux pas. Quant aux adultes, ils sont parfois blessants quand les regards sont insistants : je sais tout de suite s’ils vont ensuite se retourner lorsque je les croise ! La bêtise… Je sais tout de même que certains handicaps sont plus lourds que le mien et d’autres plus légers. C’est la vie…“

Thomas Bouvais pourrait bien décrocher sa première médaille Olympique dans 6 mois à RIO. Ce grand fan de Roger Fédérer et fidèle supporter du club de foot de Nantes croque la vie à pleine dent. “J’aime les gens et découvrir de nouvelles cultures. Aux Etats-Unis, j’ai prolongé mon séjour pour visiter New-York. Même chose en Thaïlande pour voir Bangkok. Et en Chine, j’ai même devancé l’équipe de France et vécu pendant quinze jours dans une famille chinoise. Un souvenir merveilleux !“
Un podium voir le sacre suprême pourrait bien devenir réalité dans quelques mois. C’est en tout cas tout le bonheur qu’on lui souhaite. Thomas Bouvais, le pongiste atteint de nanisme qui rêve d’or !
Source : Journal de François











