Nous avons tenté de découvrir dans la première partie de notre portrait consacré à Julien Girard, qui se cachait derrière le personnage. Révélateur de talents du PPC Villeneuve, amoureux inconditionnel du PING, nous continuons dans cette deuxième partie de découvrir non pas l’homme mais l’entraîneur. Quelles sont les recettes de son succès ? Quel est ce lien qui l’attache au club de Villeneuve depuis son arrivée il y a 8 ans ? Quelle est sa stratégie sur le long terme ? Comment il concilie au quotidien, le management des joueurs, l’aspect sportif et psychologique et ses responsabilités locales ? Quel regarde porte-t-il sur le championnat PRO Français ? Découvrez la deuxième partie du portrait de Julien Girard : “Le PPC Villeneuve, la formation et le travail au quotidien”
Julien Girard : “Le PPCV sait se projeter dans l’avenir”
Le PPCV Villeneuve, c’est quoi pour toi ?
Le PPCV… (il réfléchit), c’est un club intelligent. C’est la meilleure définition que je peux donner. Il possède une bonne gestion, sait se projeter dans l’avenir tout en rentabilisant les ressources au maximum. L’équipe dirigeante est là depuis 20 ans et abat un travail incroyable. Elle a toujours évolué, vit bien ensemble et est droite dans ses bottes. Il y a des personnes honnêtes, pas négatifs ou malsain.

On sent à travers le PPCV, un certain attachement à la ville et à des valeurs. Pourrais-tu en dire un peu plus ?
C’est mon cheval de bataille. Je suis de la génération qui a connu l’ancien téléphone, le minitel et j’ai d’ailleurs eu mon premier téléphone à l’âge de 22 ans. Toutes les valeurs que j’ai acquise avant, j’ai l’impression qu’elles sont en entrain de se perdre aujourd’hui. Je suis engagé aux valeurs humaines, de politesse et suis attaché à tous ces petits trucs. Je parle parfois comme un vieux con, faut dire bonjour, monter ses sacs etc.. Ces valeurs ont un sens pour moi. J’éduque ma fille comme ça, c’est une philosophie de vie. Dans notre monde actuel, les valeurs de bon vivre ensemble se perdent. Je les ai retrouvées avec Marc David, président de Villeneuve. Ils véhiculent tout ça. Disons que l’on s’est bien trouvé.
Julien Girard : “Il nous manque 50000€”
Tu es aussi engagé au niveau local via les actions de la ville ?
J’ai rejoint l’équipe locale il y a maintenant 2 ans mais je ne suis pas encarté politiquement dans un parti. Je suis élu à la Jeunesse et je découvre le fonctionnement d’une ville, c’est intéressant. J’aime être un acteur de la vie de tous les jours et de la politique locale. J’ai eu l’opportunité d’intégrer le projet du maire qui me fait confiance même si je pense qu’il m’a plus pris pour ce que je défends.

L’équipe 1 du PPCV évolue en PROB et est 2ème à 6 points derrière le leader Roanne LNTT. La montée est morte ?
La montée n’est pas morte, la première place en revanche oui. La 2ème place est synonyme de barrage. On est bien aussi en PROB. Disons que l’on veux essayer de monter, plus par rapport aux joueurs qui le mérite que par une volonté politique ou sportive. J’entends beaucoup de choses et il y a des bruits sur certains clubs qui pourraient être amenés à quitter la PROA la saison prochaine. On verra bien comme ça se passe même si monter à la régulière serait une grande satisfaction pour tout le club.
Qu’est ce qu’il manque au PPCV pour monter ?
Il nous manque 50000€. D’autres clubs ont plus de moyens que le PPCV. Si demain mon club avait plus de moyens, je ne changerai pour rien la stratégie mise en place. Je préfère faire le pari sur l’avenir en donnant la chance à des jeunes comme Romain Ruiz ou Stéphane Ouaiche. Je ne changerai pas ce qu’on fait au quotidien à la fois au niveau du club et du centre d’entraînement.
Julien Girard : “Je n’aime pas ce côté mercenaire”
Tu as une équipe 100% Française, pourquoi ?
Dans le PING, les 3/4 des subventions accordées aux clubs sont publiques. Au PPCV, c’est 50% public / 50% privé. Après au niveau de la philosophie 100% Français, c’est aussi un principe de vie. Je ne peux pas concevoir qu’avec l’argent du contribuable, on paie des joueurs qui ne connaissent pas la ville. Je n’aime pas ce côté mercenaire. Les mecs, il gagne du pognon en France et vont le réinjecter ailleurs. C’est bien d’avoir une équipe sportive de renom mais il faut pouvoir s’identifier à travers elle et rendre à la ville ce qui lui est dû. Je vais te donner un exemple concret. On est trois a avoir acheté une maison sur Villeneuve et tout le monde consomme dans la ville. L’idéologie au fond est de rendre ce qui nous a été donné. Combien d’entraîneurs et de joueurs restent à 100% dans leur club ? Les joueurs du PPCV sont intégrés dans le club. Ils viennent aux soirées, participent à la vie sociale du club mais aussi au rayonnement de la ville.

La formation pongiste à la française, qu’est-ce qu’elle a de particulière ?
Je pense que depuis les années 2000, il y a eu une professionnalisation du métier d’entraîneur et à vu d’oeil, je dirais qu’on est 4 fois plus. Le PING Français a de petites structures d’entraînement et on est pourtant devenu une référence dans la formation. Ca vient aussi de la détection mis en place dès le plus jeune âge. Petit bémol, je pense que l’on crame les joueurs trop vite. On est des éducateurs sportifs avant tout et on se doit d’éduquer par le sport. Il faut chercher la performance dans un deuxième temps. Je pense qu’on rentre dans une classification d’entraîneur. E
st-ce une dérive ou une bonne idée ? Je pense surtout qu’on oublie trop souv
ent l’intégrité physique et psychologique du joueur. On pousse le joueur à bout dès le plus jeune âge sans prendre en compte ces paramètres, sans compter qu’il faut bien qu’il vive aussi. Lui qui n’a jamais rien connu à part le PING, il découvre alors la quéquette, la vie, les amours.. C’est compliqué ensuite de revenir en arrière. Il explose psychologiquement.
Je pense que la fédération devrait avoir un meilleur étalonnage de la formation entre 17 et 21 ans. Si on regarde l’âge des 50-100 meilleurs joueurs mondiaux, ils ont entre 26 et 28 ans. La maturité arrive assez tard alors que chez les chinois elle se situe plus au entre 17-19 ans. Il y aussi un travail à effectuer au niveau de la reconnaissance de la formation qui est sous évaluée. On l’évince complètement de l’évolution. La reconnaissance via l’équipe de France doit aussi être plus valorisée.
La formation à la Julien Girard, c’est quoi ?
L’estime de soi, la confiance en soi, le bien être en tant qu’humain. Le dépassement aussi !
Julien Girard : “Ce n’est jamais pareil ce qui demande une certaine alchimie et une écoute constante”
Le programme type d’un entrainement à la Julien Girard, c’est quoi ?
Le joueur arrive à 8h30 à la salle le matin. J’arrive à 9h00 puis entraînement jusqu’à 11h30-12h00. Je pense que l’entraînement du matin doit être plus productif que celui de l’après-midi. Globalement, je ne travaille plus au temps car je considère que pendant qu’un joueur effectue un exercice, l’autre le subit. Je préfère mettre en place des phases de jeu qui partent ensuite en jeu libre. Et celui qui gagne le jeu, l’exercice alors change de côté. De cette manière tout le monde peut travailler et de plus dans des conditions de jeu réel. Les différences de temps de jeu me permettent d’individualiser le travail auprès des joueurs. J’aime aussi intégrer le chiffre 11 un peu de partout. Un joueur fait mal un exercice, 11 pompes, 11 répétitions d’un geste, 11 de partout. C’est une question de conditionnement qui je pense va pousser le joueur à intégrer inconsciemment dans son esprit la fin du set. L’après-midi, c’est deux heures de paniers de balles. Il est important de travailler le côté automatisme du cerveau. Les gestes doivent devenir naturels. Chaque joueur possède une fiche avec son système de jeu et le travail est individualisé à 100%. C’est du travail de fond.

Comment abordes-tu la récupération et le calendrier infernal des joueurs ?
J’ai tout essayé ! Diététicien, préparation physique etc.. Tout ça, c’est bien pour un joueur mais pas pour un groupe. Chaque joueur possède son propre calendrier sur une période de 6 semaines avec des objectifs précis. Je ne sais pas si il y a de meilleures méthodes ou pas mais pour ma part, après avoir tout essayé, je ne travaille désormais qu’avec le ressenti des joueurs. J’ai confiance en eux et ça se passe très bien. Ce n’est jamais pareil ce qui demande une certaine alchimie et une écoute constante. Si je ressens qu’un joueur n’en peux plus, je préfère encore le renvoyer chez lui pour qu’il se ressource, plutôt qu’il se fatigue encore plus avec le risque de se blesser. Si le joueur perd le plaisir, c’est encore plus dramatique. Je préfère qu’il manque des entraînements et qu’il revienne avec le plaisir et le sourire. Il sera bien plus productif et attentif à son retour. Comme je le dis, c’est une question de ressenti et d’échange constant d’où l’importance de bien connaître ses joueurs. Le fait de les avoir toute la semaine près de soi facilite tout ça. C’est dans ces moments là que la philosophie globale du PPCV prend tout son sens. C’est un tout !
Conseilles-tu les joueurs sur le choix du matériel à utiliser ?
A vrai dire, on en parle peu. C’est eux qui ont les sensations. Le but, c’est quand même d’avoir des plaques qui accrochent et qui vont vite en coup droit. En revers je privilégie plutôt des plaques un peu plus molles. Je leur donne des idées mais après c’est eux qui fabriquent leur arc.
Julien Girard : “Depuis deux ans, on active la communication sur internet et facebook”
Tu fais partie de la Team Butterly France. Quel est ton rôle au sein de la marque ?
Mon rôle au sein de Butterfly, c’est la détection des jeunes talents en étroite collaboration avec Stéphane Michel et Christophe Legout. On a essayé de hiérarchiser les compétences afin d’aider les entraîneurs. Il y a des entraîneurs référents sur lesquels on se repose sans problème et on aide les autres.
Le PPCV communique de plus en plus et se professionnalise par la même occasion. Est-ce que tu apportes une importance à cela ?
Évidemment. On a un entraîneur de club, Cédric Lepage, et une animatrice qui se nomme Coralie Chevet. Elle s’occupe en dehors de la salle des actions pour le public handicap, sport adapté, centre de loisirs. Pour ma part, je m’occupe du haut niveau. On balaie tous les domaines de la pratique du PING. Depuis deux ans, on active la communication sur internet et facebook. Aujourd’hui, on a une personne dédiée à cet espace qui est Patrice Couturier. Il gère tout l’aspect communication et partenariat du club.
Fin de la deuxième partie
À découvrir :
- Julien Girard : “Qui se cache derrière l’entraineur emblématique ?” [Partie 1]
- Julien Girard : Stéphane Ouaiche, l’INSEP et l’équipe de France [Partie 3] (bientôt)














